Lumina Sophie Illustration Bruno Dulthéo pour Culture Égalité

de Lumina

Croix-Codé

Septembre 1870 - L'insurrection du Sud

Sur les Traces

Épisode 6

Nous suivons les Traces de Lumina, une des cheffes de l’insurrection du Sud, à Croix-Codé. 

Codé a fui dans la soirée du jeudi 22 septembre par les champs de cannes, les sous-bois, les cacaoyères et caféières. On raconte qu’il s’est caché dans un parc à cochons où une fillette lui apporte à manger ! Le chemin que nous suivons à travers la campagne, de l’usine à Croix-Codé (que les gens appellent Croix-Godet), est à peu près celui de sa traque et un de ceux que parcouraient les femmes et hommes insurgé.es. On estime en particulier que Lumina, enceinte, a parcouru, à travers les traces, une centaine de kilomètres à pied en moins de quatre jours. On la décrit exhortant les troupes, houspillant les hésitants et désignant les habitations à incendier.

 

Codé est repéré le samedi 24 septembre à 6 heures du matin par Madeleine Clem qui alerte la population à grands cris tout en tenant Codé en respect avec deux grosses pierres.

 

Codé est exécuté par les insurgé.es. L’autopsie révèle 17 coups de couteaux et de coutelas. Des témoins assurent que Rosanie Soleil lui aurait coupé les testicules qu’elle aurait salés et pimentés comme on fait pour un cochon. Interrogée au procès, elle dément. Elle sera néanmoins condamnée à 5 ans de prison.

 

Après la mort de Codé, l’insurrection continue mais des groupes de volontaires viennent se joindre aux troupes militaires et grossir les forces de répression, comme à l’époque de l’esclavage quand il fallait combattre les révoltés et les nègres marrons !

Le bourg de Rivière Pilote est occupé le 24.

Les insurgés hommes et femmes se répartissent dans plusieurs camps. Le plus important est celui de Lacaille à Régale, avec l’ « armée » de Telga où Lumina Sophie joue un rôle de cheffe. Les femmes y sont très actives - par exemple Morigène Lacaille qui donnait les « bains préparés » par son père quimboiseur. Elles ont pour tâche, en plus des rôles d’intendance, traditionnellement féminins, de se tenir en première ligne pourvues de bouteilles d’eau pimentée et de piques acérées afin que les hommes armés de quelques mauvais fusils puissent ensuite attaquer les assaillants. C’est la même tactique à Peters Maillet, au Saint-Esprit. Elle échoue car les forces de répression sont suréquipées avec leurs modernes chassepots. C’est un vrai carnage parmi les insurgé.es, hommes et femmes.

 

Lumina est arrêtée le 26 septembre à Régale sur l’habitation de Lacaille et est incarcérée au fort Desaix.

Plusieurs centaines de morts, 500 arrestations au Fort Desaix. Et parmi, de nombreuses femmes.

Le 28 Avril 1871, Lumina Sophie dite Surprise accouche de son fils à la prison centrale de Fort-de-France, l’enfant lui sera enlevé, il mourra 14 mois après.

Le 8 juin elle est condamnée aux travaux forcés à perpétuité.

Le 22 décembre elle est déportée au Bagne de Saint-Laurent du Maroni.

Le 15 décembre1879, elle meurt à l’âge de 31 ans, le chagrin et les mauvais traitements ayant eu raison de sa remarquable constitution et de son énergie de fer.

 

En la brisant, le régime colonial lui fait payer le soulèvement de la population rurale du sud de la Martinique, le fait d’être femme et en même temps, rebelle, déterminée, autonome, solidaire…

Crédits: 

Conseiller historique : Gilbert Pago

Voix : Mapie

Coordinatrices : Huguette Bellemare et George Arnauld

Assistante : Laurie Nirennold

Illustrations : Bruno Dulthéo

Réalisation : Les Carot' sont Cuites

© Culture Égalité Sur les Traces de Lumina Août 2021

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