Tout a commencé alors que je n’étais plus rien, je n’avais plus d’humanité (selon ma perception). Deux choix s’offraient à moi : dépérir ou renaitre. J’ai choisi de renaitre surtout pour mes enfants car « si tu veux que tes en- fants aillent bien, il faut que tu ailles bien » me disait-on.

J’ai accepté d’être mise en arrêt et j’ai in- vesti dans ma guérison en faisant appel à toutes sortes de spécialistes (psy- chiatres, victimologues, sexologues...). J’ai mis en place un cercle de soins dont j’étais le centre. Durant cette période, je suis sortie du déni et j’ai fait face à la vérité douloureuse mais libératrice des violences que j’ai subies.

Être au centre de ma vie fut la première étape. La deuxième fut ma plainte déposée contre l’auteur des violences. Certains disaient : « pense à tes enfants, ne fais pas ça»  «tu te rends compte de ce que ça va générer ?»Quant à moi,je me disais:«il n’a pas mérité ça»«peut- être qu’il ne se rend pas compte de ce qu’il fait ». Il m’a fallu un an pour décider que mon intégrité et mes droits valaient la peine d’être revendiqués coûte que coûte ; pour comprendre que je ne fai- sais rien de mal et n’étais pas égoïste en

portant plainte. En prenant cette déci- sion, j’ai commencé une nouvelle rela- tion : celle entre moi et moi-même.

Petit à petit, notamment grâce à la com- munication non violente, mon discours intérieur s’est transformé. J’ai découvert qu’il y avait depuis toujours une part de moi qui prenait soin de moi au quotidien, qui m’aimait comme personne ne l’avait jamais fait, qui était toujours là pour moi. Éton- nement, émerveillement, coup de foudre devant celle qui ne me quitterait jamais, qui répondrait à tous mes besoins... La personne que j’ai cherchée toute ma vie, mon âme-sœur : C’ÉTAIT MOI !

Cette révélation bouleversante à bien des égards a suscité de nombreux doutes car elle était à l’opposé de mon éducation, de ce que dit la société.Suis-je prétentieuse ? narcissique ? ar- rogante ? vaniteuse ?

Si tous ces adjectifs péjoratifs signi- fient être « auto-suffisante », « ne pas se prendre pour de la merde », « se cé- lébrer à chaque instant » alors OUI je suis tout cela et fière de l’être !

Si je me suffis à moi-même, me direz-vous, n’aurai-je plus de relation amoureuse ? Avoir une vraie relation d’amour avec soi, se nourrir d’amour, permet de créer une relation d’amour à l’autre. Non plus dans la dépendance mais dans l’interdépendance. En clair, mon amour pour moi m’offre un espace pour aimer sainement l’autre.

Une fois tous ces doutes éliminés, incarner LA femme de mes rêves est devenu possible et depuis je veux rendre fière celle qui n’était plus rien et qui m’a quand même choisie, celle qui a osé porter plainte et faire valoir mes droits, celle qui m’offre tant d’amour, de douceur et de soutien.

Cette femme mérite d’être célébrée et honorée tous les jours de ma vie. Qui mieux que moi peut le faire ?