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L’hypersexualisation sociale (1/2)

Article publié par France-Antilles le 24 juillet 2015.

Durant des décennies, la femme a été considérée comme une mineure ou un objet, une chose que l’on possède et qui peut être « punie » , « dirigée » , « utilisée » . L’éducation des filles, à qui on concédait un minimum de culture, était essentiellement basée sur la valorisation de la bonne épouse et de la bonne mère. D’où l’instauration en France, sous le régime de Vichy, de la « fête des mères » qui institue, encore aujourd’hui, la fécondité comme valeur nationale.

Les luttes féministes, particulièrement durant les années 70, ont permis aux femmes d’obtenir des droits fondamentaux : vote, travail, égalité des salaires, contraception, avortement… Par ces luttes, elles ont entrepris de rejeter la domination masculine et de se réapproprier leur corps.

DÉFINITIONS DE L’HYPERSEXUALISATION

Aujourd’hui, ces avancées considérables et, particulièrement, la libération sexuelle ainsi que les acquis de la lutte pour l’égalité entre les sexes, sont utilisés contre les femmes par les marchands qui font d’elles uniquement des objets de séduction. C’est pourquoi le thème de cet article est « l’hypersexualisation sociale » . L’hypersexualisation consiste à donner un caractère sexuel à un produit qui n’en a pas en soi. C’est aussi mettre en avant l’attrait sexuel d’une personne à l’exclusion de toute autre caractéristique ou qualité. Les messages à caractère sexuel se trouvent partout. La sexualité envahit tout l’espace public.

Les causes : le seul objectif des capitalistes est de vendre afin d’engranger le maximum de profits. Et, dans ce but, les femmes sont doublement exploitées.

D’abord leur image est utilisée : on peut vendre n’importe quoi, des voitures, du matériel insignifiant… en montrant des femmes nues. Et les marchands ne reculent devant rien. Femmes photographiées dans des attitudes ambigües. Femmes étêtées, découpées en morceau, « mises à prix » comme sur un « étal de boucherie » ainsi que le chante Anne Sylvestre. Femmes de plus en plus jeunes – petites filles – jetées en pâture, comme offertes aux appétits d’adultes pervers (campagne Vogue, par exemple).

Mais, de plus, les femmes sont exploitées pour leur pouvoir d’achat. Dans une société individualiste en perte de repères et de valeurs collectives, les capitalistes ont réussi à ériger la consommation en valeur primordiale. Et les jeunes, les enfants représentent une nouvelle clientèle de consommateurs et consommatrices très prisée par les différentes industries. Les petites filles tout particulièrement, sont des cibles « privilégiées » : on n’hésite pas à les traiter en petites femmes et à leur proposer des strings (à 6 ans), des soutiens-gorge ampliformes (8 ans) ; des séances de maquillage, de bronzage et même d’épilation complète…

ÉROTISATION PRÉCOCE

Les jouets les plus traditionnels ne sont pas épargnés et l’on n’hésite pas à mettre sur le marché des poupées – voire des poupons – sexy! Cette érotisation précoce fait vendre, fait consommer et ceux qui recherchent le profit le savent. En outre, un lien direct est à établir entre ce phénomène et la pornographie qui a également envahi l’espace public (magazines, télé, vidéo, publicité…), imposant ses codes, ses stars, ses « modèles » . C’est l’explosion de l’industrie du sexe qui rapporterait, tous supports confondus, 130 milliards d’euros par an. En Europe et en Amérique du Nord, 20% des sites Internet sont des sites pornographiques! Et les jeunes, notamment les garçons, sont très exposés à ces images. C’est principalement par le biais de la pornographie qu’ils découvrent ce qu’est la sexualité. Or, les enfants, les jeunes des deux sexes sont fragilisés dans leur construction identitaire. Et ils se conforment, par souci d’appartenance, aux modèles que leur groupe de pairs approuve.

Muriel Ameller et Huguette Bellemarre, membres de l’association féministe Culture Égalité

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