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Féminicide de Jessica Gabriel

Article publié dans France-Antilles le 22 janvier 2018

Dimanche, une femme d’une quarantaine d’années a été retrouvée morte gisant dans son sang, à son domicile, à Morne-Pavillon, à Rivière-Pilote. C’est la fille de la victime qui a découvert le corps vers trois heures du matin. Le concubin a été interpellé au Diamant puis placé en garde à vue. A Morne-Pavillon, lieu-dit tranquille de Rivière-Pilote, les habitants du pâté de maisons bordant la route, qui mène à la voie express, sont sous le choc. Dimanche, vers 3 heures du matin, leur voisine, Jessica Gabriel, la quarantaine, a été retrouvée morte gisant dans une mare de sang, la gorge tranchée. Une scène de crime horrible que la fille de la victime, une adolescente âgée de 17 ans, a découverte. Elle a aussitôt appelé la gendarmerie. Selon les premiers éléments d’enquête, l’auteur présumé de l’homicide serait son compagnon. Une énième dispute conjugale serait à l’origine du drame. Introuvable au moment de l’arrivée des secours, l’homme aurait finalement été interpellé, vers 7 heures du matin, au Diamant, par des membres du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie du Marin. Il a ensuite été placé en garde à vue. L’enquête a été confiée à la brigade de recherches de Fort-de-France.

« POUR NOUS,C’EST QUELQUE CHOSE DE TRÈS DUR »

Hier après-midi, le parquet confirmait que, dans cette affaire, une personne avait été arrêtée et que l’adolescente n’avait, elle, pas encore pu être entendue. « Pour nous, c’est quelque chose de très dur » , confie une voisine de Jessica Gabriel. « Je l’ai vue samedi matin. Tuer une dame facilement comme ça, vous vous rendez compte! Ça fait mal, je n’ai pas mangé depuis ce matin, je n’y arrive pas, rien ne rentre, je suis obligée de prendre du « Contrecoup » . On ne s’attendait pas à un tel événement. » Un autre voisin rentrait chez lui à 4 heures du matin, lorsqu’il a aperçu les gendarmes à proximité de son domicile. « Ils m’ont même empêché de rentrer chez moi car ils ne savaient pas que j’habitais là », témoigne-t-il. « Ensuite, je leur ai posé des questions et c’est là qu’ils m’ont dit qu’il y avait eu un meurtre à côté. » L’homme ne connaissait pas particulièrement la femme et son concubin. « Je ne les connaissais que de vue, c’étaient des nouveaux locataires, cela faisait six mois qu’ils étaient là, la femme était très discrète. » Cependant, il avoue avoir entendu le couple se disputer à plusieurs reprises, ces dernières semaines. « Pour moi, c’était des querelles de couple, rien de plus, cela arrive. Je ne pensais pas que cela se terminerait ainsi. » Lui aussi se dit choqué. « Je ne sais pas comment je vais retrouver le sommeil. » Et de songer à l’adolescente qui a perdu sa mère dans des conditions atroces. « Les gendarmes sont partis avec elle » , précise-t-il. « On l’a emmenée à la Meynard. Elle est au lycée du Marin… Ce sera difficile pour elle, un psychologue devra la suivre. » L’autre voisine pense, quant à elle, aux parents de la quadragénaire. « Vous vous imaginez : on frappe à votre porte pour vous apprendre qu’un bourreau a égorgé votre fille… »

« Nous crions notre colère, nous la hurlons! »

« Une fois de plus, une femme paye de sa vie la rage possessive, meurtrière de son compagnon… », dénonce dans un communiqué l’association Culture Egalité. « D’abord, nous disons tout notre soutien à la famille si cruellement atteinte… Mais nous nous demandons aussi quand cela s’arrêtera-t-il ? Quand les femmes pourront-elles vivre sans la peur d’être assassinées parce qu’elles ne répondent pas aux diktats d’un homme, parce qu’elles disent NON, parce qu’elles veulent vivre libres ? Nous crions notre colère, nous la hurlons! Quatre mois après Leïla, une autre femme est assassinée! Allons-nous courber l’échine, tout accepter ou ensemble entrer en résistance ? Comment ? En dénonçant la violence dès les premiers mots, les premiers gestes. En étant solidaires, les un(e)s des autres. Faisons entendre nos voix, qui doivent être accompagnées de moyens de l’Etat français et des institutions publiques locales pour une vraie politique de protection contre les violences faites aux femmes. »

« Encore une fois, une fois de trop, l’horreur »

« Nous venons d’apprendre avec stupeur et émoi l’horrible féminicide perpétré à Rivière-Pilote dans la nuit de samedi à dimanche » , lance dans un communiqué l’Union des femmes de la Martinique. « Une fois de plus, la violence s’est exercée contre une femme de façon atroce. Une fois de trop, le meurtrier présumé est son compagnon. Nous exprimons tout notre soutien à sa famille. Nous ne pouvons pas, ne pourrons pas rester silencieux(ses). Il nous faut nous mobiliser pour condamner ce meurtre machiste. Mais aussi pour endiguer ces actes inacceptables, pour enrayer ces violences envers les femmes au quotidien qui conduisent jusqu’au meurtre. Aucun féminicide ne doit être banalisé. »

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