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« Cette résistance traduit un sexisme social »

Article publié par France-Antilles le 12 novembre 2015.

Dans un guide pratique, qui vient de sortir, le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes lance une dizaine de recommandations pour lutter contre les stéréotypes de sexe dans la communication publique.

Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes propose notamment la disparition des expressions « chef de famille » et « nom de jeune fille » dans les documents administratifs, est-ce une bonne idée selon vous ?

Oui, ce sont des termes non seulement obsolètes, mais en plus interdits par la loi. La notion de « chef de famille » est remplacée, depuis 1970, par celle d’autorité parentale et c’est dorénavant « le nom de naissance » qui est demandé dans les documents administratifs. Une femme ne devient pas quelqu’une d’autre en se mariant, pourquoi devrait-elle changer son nom ? Garder son nom nous paraît la solution la plus évidente et la plus simple. Nous sommes ravies de la sortie de ce guide qui reprend beaucoup des arguments que nous avons développés lors de notre campagne sur la féminisation du langage en 2014. Nous interpellions particulièrement les journalistes sur l’expression « bonjour à tous » , une pseudo-neutralité qui de fait exclut les femmes. Pour nous, le fameux « le masculin l’emporte sur le féminin » , inventé au XVIIe siècle, illustre le fonctionnement inégalitaire entre les femmes et les hommes et entérine les rapports de domination.

Que pensez-vous de la communication des pouvoirs publics en Martinique, les stéréotypes de sexe y sont-ils reproduits ?

Ah la la, c’est une vraie catastrophe. Jetons un oeil sur les documents administratifs, sur les sites, sur les noms des fonctions : le féminin est absent. Dans les discours, on s’adresse « aux citoyens » , « aux Martiniquais » , «aux électeurs » , il n’y a que des « étudiants » , jamais « d’étudiantes » . Exemple : « La communauté d’agglomération a pour ambition d’être un acteur majeur » . On préfère considérer « communauté » comme un mot masculin, plutôt que d’oser le féminin, l’accord grammatical logique. Jamais les élu-e-s, toujours les élus, alors que nous sommes dans des collectivités où la parité fait loi. Quant aux entreprises privées, le mot d’ordre semble être « cachez cette femme que nous ne saurions voir! ». Ainsi « votre conseiller bancaire » n’est jamais « votre conseillère ».

Les noms de métiers au féminin dérangent-ils parce qu’ils traduisent le fait que des terrains conçus comme propres aux hommes sont investis par des femmes ?

Oui, la vraie mixité peut être vécue par certains hommes comme une perte de prestige, de pouvoir. Mais cette résistance à la féminisation des fonctions traduit aussi un sexisme social qui veut que ce qui est féminin ne soit pas valorisant. Nous savons surtout que refuser de féminiser ces noms de métier empêche les jeunes filles de s’identifier à des métiers qui sont souvent plus porteurs d’emploi que les secteurs du soin et du service domestique vers lesquels elles se tournent majoritairement. Des emplois mal payés, peu valorisants, qui enferment les femmes dans les rôles traditionnels. On maintient ainsi une répartition des rôles très hiérarchisée en défaveur des femmes. On nous dit aussi : « une plombière, une écrivaine, une doctoresse » , ce n’est pas beau! ». Nous rétorquons que c’est une question d’habitude, tout simplement. Que ce guide soit vite largement appliqué pour faire avancer l’égalité entre les hommes et les femmes !

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