Retour

La lutte paie

publié le 29 Octobre 2025

Des jeunes filles de plus en plus entendues et reconnues par la justice.

écrit par
Nathalie DELBOIS, Enseignante et Membre de Culture Égalité

Le lundi 13 octobre 2025, à la cour d'assises du tribunal de Fort de France, premier jour du procès en appel opposant Monsieur Frédéric ROSELMAC à ses anciennes élèves qui, à l'époque des faits en 2015, étaient âgées de 14 ans.

Ce soir-là, à 19 heures, nous sommes une poignée de militantes de Culture Égalité à brandir nos banderoles : " Violeur, on te voit, Victime, on te croit !" devant le tribunal. Des parents de victimes sortent et sourient devant ce soutien inattendu et réconfortant.

En 2015, Monsieur Frédéric ROSELMAC était professeur au collège Jacqueline Julius de Godissard, chargé d'enseigner l'espagnol à des collégiennes et des collégiens. Il est apprécié des élèves et même de certains parents. Mais sa conduite n'est pas toujours celle d'un enseignant car s'enchaînent des comportements et des propos pudiquement dits « inappropriés », comme, par exemple, proposer un rendez-vous à l'hôtel à une jeune fille... des remarques à caractère sexuel, des attouchements (euphémisme) - ce qui constitue des agressions sexuelles au vu de la Loi.

Cet adulte, en charge d'enseignement et de la protection des élèves, sous couvert de son autorité de professeur en qui les adolescent.es plaçaient leur confiance, a profité en toute impunité de sa fonction.

En lieu et place.

Mais il ne s'arrête pas là et en octobre 2015, il retient une élève à la fin d'un cours, ferme la porte de la classe à clé et la viole.

Trois jeunes filles ont le courage de porter plainte et, en 2023, il écope d'une peine de 13 ans de réclusion criminelle pour viol, agression sexuelle, harcèlement et détention de contenus pédopornographiques.

Mais il clame son innocence, niant tous les faits :

« Elles mentent. Ce sont des menteuses ! »

Mercredi 15 octobre 2025, le verdict tombe après deux heures de délibéré : 15 ans de réclusion criminelle (soit 2 ans de plus que lors de la première condamnation), suivi socio-judiciaire avec injonction de soins pendant 3 ans et interdiction définitive du métier d'enseignant. La justice a parlé et tranché - un verdict qui protège aussi, car qui l'aurait arrêté ?

Les victimes, défendues par Maîtres Catherine CARDEROT, Katia RÉGIS, Gérald SAE et Laurence VIEYRA (qui intervenait pour l’Association LES ENFANTS D’ABORD) ont été entendues.

« Chaque mois d'octobre est une souffrance pour moi », dit l'une d'elle.

Combien d'années de sentiments de souillure, de sommeils perturbés, de dépression et de honte...

« Le viol est un acte de prise de pouvoir, de domination et de destruction de l'autre qui est objective dans un système patriarcal. Il s'exerce majoritairement par des hommes sur les femmes et les enfants. Les étapes sont les suivantes : choix de la proie, création de conditions favorables, manipulation, destruction des résistances, inversion de la culpabilité, imposition du silence » affirme le Collectif Féministe Contre le Viol (C.F.C.V.).

Employons les bons termes et non ceux qui banalisent, tels « attouchements », « comportements inappropriés », « abus sexuels » lorsque les termes juridiques sont « agressions sexuelles » et « viol »...

Ainsi, même dans un lieu de transmission du savoir, les filles ne sont pas à l'abri d'un prédateur sexuel.

Les filles ne sont pas l'abri dans un bus, dans une rue, dans leur propre foyer.

Les filles ne sont pas à l'abri dans une école, dans un collège, dans une université, sur leur lieu de travail !

« Pé bouch fini ».

Les femmes ne se taisent plus, ne se tairont plus, pour que la justice traite ces délits criminels avec célérité, que les agresseurs soient condamnés, que cela permette aux victimes de se reconstruire et d'avoir à nouveau confiance dans notre société. Et puis aussi pour éviter d'autres victimes.

Nathalie DELBOIS Enseignante et Membre de Culture Égalité, association

Dernière heure, nous apprenons que cet homme, loin de regretter ses crimes, persiste dans son déni et se pourvoit en cassation !